Interview 2026

Vivre a Kyiv en 2026 : entretien avec une expat française installee depuis 8 ans

En huit ans de vie a Kyiv, Claire Berthier a vu la capitale ukrainienne changer trois fois : ville bouillonnante d'avant-2020, capitale en guerre depuis fevrier 2022, et aujourd'hui metropole resiliente qui reapprend a vivre malgre les alertes aeriennes. Cette ancienne consultante RH lyonnaise de 38 ans, mariée a un Ukrainien et mère de deux enfants, raconte sans filtre son quotidien dans le quartier de Podil. Pour Camille Lefevre, redactrice voyage chez UkraineTrips, elle revient sur les chocs culturels, les routines de guerre, les prix reels en hryvnas, le statut FOP qui change la vie des freelances, et ce que les visiteurs ne soupconnent pas de la chaleur kyivienne.

Vue de Kyiv depuis Podil au printemps 2026, dome dore d'une eglise et toits du vieux quartier

Claire Berthier, française de 38 ans, vit a Kyiv depuis 2018. Elle raconte a UkraineTrips l'arrivée, le choc linguistique, la guerre vecue de l'intérieur, le travail en remote depuis l'Ukraine grace au statut FOP, le cout de la vie en 2026, l'école des enfants, la communauté francophone et les raisons pour lesquelles elle reste. Un portrait nuance et concret de l'expatriation française a Kyiv aujourd'hui.

Portrait editorial Claire Berthier

Claire Berthier

Expatriée française a Kyiv depuis 2018, blogueuse et consultante RH

Originaire de Lyon, ancienne consultante senior dans un cabinet de recrutement, Claire s'est installee a Kyiv en 2018 après avoir rencontre son mari ukrainien lors d'un voyage. Elle anime le blog editorial Une française a Kyiv et travaille en remote pour des entreprises européennes via le statut FOP ukrainien. Mère de deux enfants scolarises dans une école bilingue de Podil, elle partage ici son expérience d'une vie partagee entre la France et l'Ukraine.

Portrait editorial. Cette interview est une synthèse redactionnelle representative des temoignages d'expatriées françaises a Kyiv recueillis par notre redaction. Les chiffres, prix et descriptions correspondent a la realite observee a Kyiv au printemps 2026.

Quand on franchit la porte de l'appartement de Claire Berthier, dans une rue calme de Podil bordee d'immeubles fin XIXe, on est d'abord saisi par le contraste : un piano droit pres de la fenetre, des dessins d'enfants colles sur le frigo, l'odeur du borchtch qui mijote, et au fond du salon une trousse de premiers secours rangee a cote d'une lampe dynamo et d'une radio FM portative. C'est une scene typique des intérieurs kyiviens en 2026 : la vie continue, mais on garde toujours sous la main de quoi tenir une nuit dans un abri.

Claire nous accueille avec un cafe filtre et un sourire fatigue. La nuit a été agitee : alerte aerienne a 3h47, redescente vers 5h12. Elle previent : il faudra peut-etre que je m'interrompe si l'application Air Alert sonne. Pendant deux heures, elle nous raconte huit ans d'une vie qui ressemble a peu d'autres : une vie d'expatriée française dans une capitale en guerre qui a choisi de rester.

Pourquoi Kyiv ? Le choix initial en 2018, premieres impressions

Camille : Claire, en 2018, pourquoi Kyiv et pas une autre capitale européenne ? Vous etiez consultante RH a Lyon, une carriere bien installee. Quel a été le declic ?
Claire :

Le déclic, c'est mon mari, Andriy. Je l'ai rencontré en 2017 lors d'un voyage de quinze jours organisé avec une amie qui voulait visiter Lviv et Kyiv. Coup de foudre classique, sauf que lui ne pouvait pas s'installer en France pour des raisons familiales : sa mère était malade, son frère ne pouvait pas la prendre en charge seul. Donc la question s'est posée très vite : qui bouge ? J'ai mis un peu plus d'un an à me décider, le temps de boucler des dossiers à Lyon, de mettre mon appartement en location, de prendre des cours d'ukrainien intensifs. En septembre 2018, j'ai posé mes valises à Kyiv.

Premieres impressions ? Une capitale beaucoup plus européenne que je ne l'imaginais. J'avais en tête les cliches sovietiques, les barres grises, le ciel plombe. La realite c'etait Khreshchatyk un samedi après-midi, des cafes specialty partout, des librairies ouvertes jusqu'a minuit, des jeunes en velo electrique, une scene gastronomique impressionnante. Et Podil, ou je vis depuis le debut, qui est un peu le Brooklyn de Kyiv : galleries, boutiques de createurs, ruelles paves, ambiance bohemienne.

Ce qui m'a frappee aussi en 2018, c'est la vitesse. Les gens marchent vite, parlent vite, decident vite. après Lyon ou tout passe par trois reunions et un compte rendu, c'etait grisant. J'ai eu l'impression d'arriver dans une ville qui se construisait en direct, qui n'attendait personne pour avancer.

Le choc culturel : langue, bureaucratie, codes sociaux

Camille : Avant 2022, Kyiv etait une ville largement bilingue russe-ukrainien. Aujourd'hui le rapport a la langue a beaucoup change. Comment avez-vous traverse ce double choc linguistique, et plus largement le choc des codes ?
Claire :

La langue, c'est le premier mur. En 2018, je suis arrivée avec un niveau A2 en ukrainien et zero russe. A l'époque, dans la rue a Kyiv, on entendait les deux langues melangees, parfois dans la meme phrase. Au boulot, dans les commerces, c'etait souvent du russe. Je me suis adaptee, j'ai appris a comprendre le russe sans le parler, et j'ai continue a progresser en ukrainien. après fevrier 2022, le basculement a été très net : presque tous mes amis ukrainiens russophones sont passes a l'ukrainien au quotidien, par patriotisme, par rejet aussi. Aujourd'hui en 2026, dans la rue a Kyiv, c'est ukrainien a 80 pour cent, et l'anglais a remplace le russe pour les échanges avec les étrangers.

La bureaucratie ukrainienne, c'est un autre univers. Pour mon premier permis de séjour, j'ai passe trois mois a courir entre les bureaux. Maintenant tout est dematerialise via l'application Diia, qui est honnetement un bijou : permis de conduire, passeport interne, attestations fiscales, tout est dans le telephone. Cela dit, des qu'on sort du numerique, par exemple pour valider un diplome français ou une procuration, ca redevient kafkaien. J'ai appris a toujours avoir trois exemplaires de chaque document, traduits, apostilles, notaries.

Les codes sociaux, c'est plus subtil. Les Ukrainiens ne sourient pas aux inconnus, ce qui peut paraitre froid. Mais des qu'ils vous adoptent, c'est pour la vie. On vous invite a la datcha, on vous garde les enfants, on vous prete une voiture. Le cercle est plus difficile a percer qu'en France, mais infiniment plus solide une fois dedans.

Vivre la guerre depuis 2022 : alertes aeriennes, abris, resilience

Camille : Le 24 fevrier 2022 a tout change. Quatre ans plus tard, comment vit-on concretement la guerre quand on est expatriée a Kyiv avec des enfants ?
Claire :

Le 24 fevrier 2022, je n'oublierai jamais. Andriy m'a reveillee a 5h du matin en disant ils ont commence. On a entendu les premieres explosions a la peripherie. Avec les enfants on est partis vers l'ouest, on a passe trois mois a Lviv puis en Pologne, et on est rentres a Kyiv en juin 2022 quand la region s'est stabilisee. Cette decision de rentrer, c'est la plus difficile que j'ai prise. Mes parents en France ne comprenaient pas. Aujourd'hui ils comprennent : on ne peut pas vivre eternellement en suspension.

Le quotidien aujourd'hui, c'est l'application Air Alert sur le telephone. Quand elle sonne, selon l'heure et la nature de la menace, on descend ou pas. Pour les missiles balistiques on descend toujours, on a 3 a 5 minutes. Pour les drones on evalue. Notre abri, c'est le parking souterrain de l'immeuble, équipe en eau, lits pliants, prises electriques. Les enfants ont leur sac pret en permanence : doudou, livre, gourde, lampe frontale, biscuits. On a transforme ca en routine, presque en jeu pour eux. C'est aussi ca, la resilience kyivienne : ne pas laisser la peur prendre toute la place.

Le couvre-feu de minuit à 5h du matin structure les soirées. On s'organise pour rentrer avant 23h30. Les coupures d'électricité ont été très dures en 2023 et 2024, beaucoup moins en 2026 grâce au réseau décentralisé. On a investi dans une station portable avec batterie 1500 Wh, ça fait tourner le frigo, le routeur internet et deux lampes pendant 8 heures. C'est devenu un équipement standard à Kyiv, comme un parapluie à Londres.

Cafe et station de travail dans un appartement de Podil, Kyiv

Le quotidien en 2026 : metro, courses, école, vie de famille

Camille : Decrivez-nous une journee type. A quoi ressemble la vie ordinaire d'une famille franco-ukrainienne a Kyiv aujourd'hui, avec deux jeunes enfants ?
Claire :

Réveil 7h. Petit-déjeuner avec Andriy et les enfants : kacha de sarrasin pour eux, tartines pour moi, thé noir très fort. À 7h45 on part à pied vers l'école bilingue ukrainien-anglais, à quinze minutes. C'est une école privée, environ 580 euros par mois et par enfant, avec abri intégré dans le sous-sol. Pendant les alertes, les cours continuent en bas, c'est devenu normal. À 9h je rentre, je m'installe à mon bureau près de la fenêtre, je fais une heure d'ukrainien avec une appli avant d'attaquer mes missions.

Mes courses, je les fais au marche couvert de Bessarabska deux fois par semaine pour les fruits, legumes, fromages locaux, et a Silpo ou Novus pour le reste. Le caddie hebdomadaire pour quatre personnes, avec produits de qualite, tourne autour de 4500 hryvnas, soit 100 euros environ. Les bons produits ukrainiens (kefir, smetana, miel, tomates de saison) sont nettement moins chers qu'en France. Tout ce qui est importe (fromages français, vin, cosmetiques) est plus cher.

Le metro de Kyiv reste pour moi une merveille : ultra-profond, ultra-rapide, 8 hryvnas le ticket (18 centimes d'euro), et il sert aussi d'abri pendant les alertes. Le soir on dine vers 19h, les enfants se couchent a 20h30. Andriy et moi on regarde un film ou on lit jusque 22h. A 23h45 alarme silencieuse : verifier que les telephones, lampes et power banks sont charges. C'est devenu un reflexe.

Travailler depuis Kyiv : statut FOP, fiscalite, banque, monnaie

Camille : Vous êtes consultante RH en remote pour des clients européens. Comment vous êtes-vous structuree fiscalement ? Le statut FOP fait beaucoup parler dans la communauté des freelances.
Claire :

Le FOP, pour Fizychna Osoba Pidpryiemets, c'est l'equivalent ukrainien du statut d'entrepreneur individuel, et c'est un des grands avantages a vivre en Ukraine quand on travaille en remote. Je suis en groupe 3, qui est le plus utilise pour les freelances : taxation forfaitaire de 5 pour cent du chiffre d'affaires, plafond annuel autour de 1 167 fois le salaire minimum, soit environ 8,3 millions de hryvnas, ou 185 000 euros. En dessous de ce plafond, on paie 5 pour cent et basta, plus un forfait social de 22 pour cent du salaire minimum, soit environ 30 euros par mois. La declaration trimestrielle se fait en 20 minutes via Diia ou un comptable a 50 euros par mois.

Concretement, sur 60 000 euros de chiffre d'affaires annuel, je paie 3 000 euros d'impot et environ 360 euros de cotisations sociales. C'est sans equivalent en Europe pour un freelance. Le bemol : la couverture sociale ukrainienne est minimale. Je complète avec une assurance sante internationale, une mutuelle privee ukrainienne et une retraite par capitalisation a Lyon que je continue a alimenter.

Cote banque, j'utilise Monobank pour le compte personnel et Privatbank pour le compte FOP. Les deux applis sont excellentes, paiements instantanes, virements internationaux SEPA en quelques heures. Le hryvna est plutot stable depuis 18 mois autour de 45 hryvnas pour 1 euro, après une période très volatile. Je convertis mes euros au fur et a mesure, je ne stocke pas de gros montants en hryvnas.

Loger a Kyiv : prix, quartiers prises par les expats, comment trouver

Camille : Le logement, c'est souvent la premiere question des candidats a l'expatriation. Quels sont les quartiers que vous recommandez et a quels prix doit-on s'attendre en 2026 ?
Claire :

Trois quartiers concentrent les expats français et plus largement occidentaux a Kyiv : Podil ou je vis, Pechersk, et Holosiivka. Podil c'est l'ancien quartier des marchands, sur la rive du Dniepr, paves, églises baroques, cafes, vie de quartier. C'est mon prefere mais ca reste cher : un trois pieces de 75 metres carres meuble correctement tourne autour de 900 a 1100 euros par mois, charges incluses. Pechersk c'est plus chic, plus diplomatique, ambassades et grand standing : compter 1100 a 1500 euros pour la meme surface. Holosiivka c'est plus calme, residentiel, pres du grand parc, environ 700 a 900 euros, ideal pour les familles.

Pour trouver, oubliez les sites internationaux qui pratiquent des tarifs gonfles pour expats. Les vraies plateformes sont OLX et DOM RIA, en ukrainien ou russe. Ou alors passer par un agent francophone, ca coute 50 pour cent d'un mois de loyer mais ca vous epargne beaucoup d'erreurs. Le marche bouge très vite : un bon appartement part en 24 heures. Toujours visiter en personne avant de signer, jamais de virement avant signature du bail.

Important en 2026 : verifier l'abri de l'immeuble. Parking souterrain ou metro a moins de 5 minutes, c'est un critere. Et regarder les fenetres : double vitrage avec film de protection anti-eclats, c'est devenu un standard a Kyiv et certains proprietaires l'ont fait poser, d'autres pas. Ca change la qualite de sommeil pendant les alertes.

Famille marchant le long du Dniepr a Kyiv, printemps 2026

Sante et securite : assurance internationale, hopitaux, urgences

Camille : Concernant la sante, on imagine qu'en 2026 c'est un sujet sensible. Comment êtes-vous couverte ? Quelle qualite de soins trouve-t-on a Kyiv ?
Claire :

La sante c'est un point sur lequel je n'ai pas voulu transiger. J'ai souscrit une assurance sante internationale aupres d'un courtier specialise expat, environ 280 euros par mois pour toute la famille, qui couvre l'Ukraine, la France et un rapatriement sanitaire si nécessaire. C'est cher mais ca m'a déjà servi quand mon fils a fait une crise d'appendicite en 2024 : pris en charge le soir meme dans une clinique privee a Pechersk, opere le lendemain matin, zero euro a sortir.

La qualite de soins a Kyiv est meilleure que la reputation. Les cliniques privees comme Dobrobut, ISIDA, Boris ou Medikom ont des plateaux techniques modernes, des medecins formes en Europe ou aux États-Unis, et beaucoup parlent anglais. Les tarifs sont raisonnables : une consultation generaliste tourne autour de 800 hryvnas, soit 18 euros. Une IRM environ 4500 hryvnas. Le public est moins recommandable pour des soins courants mais les hopitaux d'urgence comme Okhmatdyt sont excellents pour les pathologies graves.

Cote securite physique en 2026, le principal risque a Kyiv reste les frappes aeriennes. La criminalite est très faible, on marche tranquillement la nuit, je me sens plus en securite a Podil qu'a Lyon Part-Dieu. Le couvre-feu aide. Les patrouilles sont visibles. Le seul vrai risque, c'est la nuit aerienne. On apprend a vivre avec, on a un protocole, et on continue.

La communauté francophone : réseaux d'expats, événements, entraide

Camille : Existe-t-il une vraie communauté française et francophone a Kyiv en 2026 ? Comment se retrouve-t-on entre expats français ?
Claire :

La communauté française a Kyiv a beaucoup change après 2022. Elle est passee d'environ 1500 personnes avant la guerre a une fourchette de 400 a 600 aujourd'hui en 2026, avec un pic de retours depuis 2024. Beaucoup de gens d'affaires sont partis, mais d'autres profils sont arrives : journalistes, humanitaires, conjoints d'Ukrainiens comme moi, entrepreneurs qui parient sur la reconstruction. C'est plus petit, plus solidaire, plus engage.

L'Alliance française de Kyiv, je ne donne pas son emplacement exact, joue un role central : cours de français pour Ukrainiens, événements culturels, projections, conférences. C'est un point de rassemblement naturel le mercredi soir et le samedi. Il y a aussi des groupes Telegram très actifs : un pour les mamans francophones avec environ 80 membres, un pour les freelances FOP français, un pour la communauté générale. C'est par ces groupes qu'on trouve un comptable, un dentiste francophone, un cours de yoga, une nounou.

Cote événements, on célèbre le 14 juillet de maniere plus discrete depuis 2022, mais avec emotion. Les diners de quartier, les anniversaires, les cremaillieres se sont multiplies. La guerre a renforce la tendance a se retrouver, a creer des liens vrais. C'est une communauté qui ne ressemble plus a celle d'avant, plus engagee, plus politique aussi, plus consciente d'etre la pour des raisons qui depassent le confort.

Aimer Kyiv : ce qui surprend les visiteurs, ce qu'on n'imagine pas

Camille : Pour finir, qu'est-ce qui vous attache encore a Kyiv après tout ca ? Et qu'est-ce que les visiteurs français sous-estiment quand ils decouvrent la ville ?
Claire :

Ce qui m'attache, c'est d'abord les gens. La génération 25-40 ans a Kyiv est l'une des plus stimulantes que j'ai croisees. Curieux, polyglottes, lucides, drôles. Ils ont un rapport a la liberte qui s'est forge dans la difficulte, et qui rend les conversations beaucoup plus profondes que dans une dinette parisienne. Mes amis ici parlent politique, art, philosophie, sans poses, en continuant a rire. C'est rare.

Ce que les visiteurs français sous-estiment, c'est la beaute architecturale. Les églises baroques de Podil, le Maidan a six heures du matin, le quartier d'Andriyivskyy uzviz au coucher du soleil, les parcs immenses comme Trukhaniv. Et la vie nocturne d'avant-guerre revient lentement : restaurants nature wine, bars a cocktails de niveau Berlin, scene musicale electronique. On est très loin de l'image d'une ville eteinte que vehiculent encore certains medias.

Et puis il y a quelque chose de plus difficile à expliquer : un sentiment de vivre dans un moment historique. Kyiv en 2026 c'est une ville qui se réinvente sous les bombes, qui code, qui crée, qui résiste, qui rit. C'est inconfortable parfois, c'est triste souvent, mais c'est rarement banal. J'ai vécu plus de choses ici en huit ans qu'en trente ans en France. Voilà pourquoi je reste.

Questions rapides : les idees recues

Kyiv est trop dangereux pour y vivre en famille en 2026 (vrai ou faux ?)

Faux dans l'absolu, plus nuance dans le detail. La vie quotidienne est possible et meme agreable, des centaines de familles françaises et internationales y vivent, mais le risque aerien est reel et il faut accepter ce facteur. Ce n'est ni Paris, ni Sarajevo 1993.

Tout le monde a quitte Kyiv depuis 2022 (vrai ou faux ?)

Faux. Kyiv comptait 3 millions d'habitants en 2021. après un creux a 1,5 million au printemps 2022, la ville est revenue a environ 2,8 millions en 2026. Le metro est plein aux heures de pointe, les écoles tournent, les restaurants affichent complet le samedi soir.

L'Ukraine est le pays le moins cher d'Europe (vrai ou faux ?)

Plutot vrai sur l'alimentation locale, le logement et les services (coiffeur, restaurant, taxi), faux sur les produits importes et l'electronique. Le pouvoir d'achat d'un freelance européen y est supérieur de 50 a 80 pour cent par rapport a Paris.

Il faut parler ukrainien pour vivre a Kyiv (vrai ou faux ?)

Faux pour survivre, vrai pour s'integrer. On peut tenir un an a Kyiv en anglais et avec Google Translate. Mais sans ukrainien on reste a la peripherie de la société : amities limitees, conversations de surface, papiers officiels compliques.

Les ukrainiens detestent les russophones (vrai ou faux ?)

très faux. Beaucoup d'Ukrainiens sont eux-memes russophones de naissance, y compris au front. Ce qui a change depuis 2022, c'est le rejet du russe comme langue politique, pas le rejet des personnes. Le clivage est ideologique, pas linguistique.

L'electricite coupe encore tous les jours en 2026 (vrai ou faux ?)

Faux. après les hivers très durs de 2022-2024, le réseau a été consolide et decentralise. En 2026, les coupures programmees sont rares hors événements majeurs, et la plupart des immeubles modernes ont des generateurs ou des batteries de secours.

Les freelances européens vivent comme des rois en Ukraine (vrai ou faux ?)

Plutot vrai mais nuance. Avec 3000 euros par mois on vit très bien a Kyiv en famille, on epargne, on voyage. Mais le confort materiel ne compense pas l'usure mentale des alertes, le decalage avec la France, l'eloignement familial. C'est un choix qui se mesure dans la durée.

Conclusion : les 3 choses a retenir

Claire :

1. Kyiv en 2026 est une ville vivante, pas une ville en survie. On y travaille, on y aime, on y eleve des enfants, on y rit. Le risque aerien est reel mais il occupe une fraction du temps. Le reste, c'est une vraie metropole européenne avec une scene culturelle, une gastronomie, des cafes et une jeunesse remarquable.

2. Le statut FOP est un atout enorme pour les freelances européens. 5 pour cent de fiscalite plate, declaration en 20 minutes, infrastructure bancaire de premier niveau via Monobank et Privatbank. Pour un consultant, un developpeur ou un createur de contenu, l'equation economique est imbattable, a condition de complementer la couverture sociale par une assurance internationale.

3. L'integration prend du temps, mais elle est profonde quand elle vient. Apprenez l'ukrainien, frequentez les cercles locaux, ne restez pas dans la bulle expat. La société ukrainienne s'ouvre lentement mais une fois qu'elle vous adopte, c'est pour la vie. Kyiv récompense ceux qui s'engagent, pas ceux qui passent.

FAQ : questions complementaires

Quelles démarches administratives pour s'installer a Kyiv en 2026 quand on est français ?

Les français peuvent entrer en Ukraine 90 jours sans visa. Pour rester plus longtemps, il faut un titre de séjour temporaire base sur un emploi local, des études, un mariage avec un citoyen ukrainien ou un investissement. La procédure passe par le service migratoire ukrainien et prend en général 2 a 3 mois. Il faut prevoir une traduction assermentee de l'extrait de naissance et un casier judiciaire français apostille. Voir aussi notre guide complet pour demenager en Ukraine.

Peut-on scolariser ses enfants gratuitement dans le public a Kyiv ?

Oui, l'école publique ukrainienne est gratuite et accessible aux enfants résidents, y compris étrangers, des 6 ans. Le niveau est correct mais l'enseignement est en ukrainien et les enfants francophones ont besoin d'au moins un an d'adaptation linguistique. Beaucoup d'expats français optent pour des écoles bilingues privees (anglais-ukrainien ou français-ukrainien) qui coutent entre 500 et 800 euros par mois. Le Lycee français international de Kyiv existe également et accueille les enfants francophones du primaire au lycee.

Comment garder un lien fort avec la France quand on vit a Kyiv depuis longtemps ?

Internet rend la chose plus simple qu'avant : appels video quotidiens, services bancaires français accessibles a distance, livraison de produits français via Nova Poshta International. Je rentre 2 a 3 fois par an a Lyon, mes parents viennent une fois par an a Kyiv. Le vrai enjeu, c'est de construire un quotidien suffisamment riche en Ukraine pour ne pas vivre dans le manque. Et de ne pas laisser le decalage culturel devenir un fosse : continuer a lire la presse française, suivre la vie politique, voir des films français.

Y a-t-il des opportunites professionnelles a Kyiv pour un français qui ne travaille pas en remote ?

Oui, mais elles sont concentrees dans certains secteurs : ONG humanitaires, journalisme, reconstruction et BTP, enseignement du français, hotellerie haut de gamme, conseil aux entreprises européennes investissant en Ukraine. Les salaires locaux restent inferieurs aux niveaux français sauf dans les ONG internationales et l'humanitaire. Pour un profil specialise (medecin, ingenieur, IT senior), il est souvent plus rentable de garder un employeur européen et de travailler en remote depuis Kyiv via le statut FOP.

Comment voyager depuis Kyiv vers le reste de l'Europe en 2026 alors que l'espace aerien est ferme ?

L'aeroport de Boryspil reste ferme aux vols civils en 2026. Pour rejoindre l'Europe de l'Ouest, on prend le train de nuit jusqu'a la frontiere polonaise (Przemysl ou Krakow) ou hongroise (Budapest), puis avion depuis ces villes. Compter 24 a 36 heures de Kyiv a Paris en train + avion, environ 250 a 400 euros aller. Plusieurs compagnies de bus assurent aussi Kyiv-Varsovie et Kyiv-Berlin en direct. Pour des deplacements vers l'Asie, on passe en général par Istanbul ou Tbilissi. Voir aussi Voyage Russie pour le contexte regional.